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28.01.2008
[Série] Breaking Bad (AMC) : Une nouveauté câblée à surveiller
Dans ce paysage sériephile du mois de janvier, décimé par la grève des scénaristes, les quelques nouveautés lancées par les chaînes américaines ne déclenchent pas un grand enthousiasme, entre indifférence et agacement, le téléspectateur nage dans un marasme de productions plus ou moins médiocres dont il connaît les ficelles narratives sans doute mieux que les scénaristes eux-mêmes. C'est un peu désespérant. Et "découvrir pour découvrir en gardant un esprit ouvert" ne m'intéresse plus vraiment en ce moment, prise par un million d'autres exigences professionnelles.
Heureusement, il y a encore le câble pour nous sauver du naufrage des networks. Et notamment une chaîne qui continue d'explorer l'univers des séries. Après Mad Men cet été, voilà que AMC nous propose Breaking Bad.

Diffusée sur : AMC (Câble US)
Depuis le : 20 janvier 2008
Avec qui ?
Bryan Cranston (Malcom), Aaron Paul, Anna Gunn, Dean Norris, Betsy Brandt, RJ Mitte.
Ca parle de quoi ?
Breaking Bad relate l'histoire d'un professeur de sciences dans un lycée (Bryan Cranston) souffrant d'un cancer en phase terminale, qui fait usage de ce qu'il apprend chaque jour à ses élèves pour mettre en place un laboratoire de métamphétamines afin de les revendre et gagner de l'argent pour permettre à sa femme et son fils de vivre correctement après son décès. (Source : www.serieslive.com)
Et alors, ce pilote ?
Le pilote diffusé dimanche dernier sur AMC se révèle particulièrement prometteur. S'il ne révolutionne aucun code narratif, il pose très efficacement les bases d'une série qui jete un regard assez sombre sur la société, révélant un réel potentiel. Originellement, la lecture dy synopsis pouvait un instant laisser imaginer un parallèle avec Weeds, mais il n'en est rien. En effet, le ton est très différent, assumant parfaitement son caractère dramatique, tout en ne négligeant pas un certain humour noir que Bryan Cranston parvient à faire ressortir dans des scènes assez ambivalentes. En prenant une certaine distance, le téléspectateur est touché, tout en étant amené à sourire devant certaines réactions. Tout au long de l'épisode, la série cultive cette subtile ambivalence, qui apporte finalement une dimension supplémentaires à toutes ces scènes. Le côté désespéré d'une vie ordinaire confrontée aux difficultés quotidiennes qui s'accumulent est bien retranscrit. L'exploitation est d'autant plus aisée que Bryan Cranston (Malcolm) s'avère très convaincant en quinquagénaire au bout du rouleau, jonglant tant bien que mal avec la médiocrité de son quotidien, prof de chimie confronté à l'ingratitude de ses élèves, agrémenté d'un petit job à côté pour combler les fins de mois déjà difficiles. Le petit portrait de famille qui nous est dressé sonne d'ailleurs assez juste, notamment dans les relations entre les différents membres.
Après nous avoir immergé dans ce marasme quotidien, l'annonce de la maladie est le déclic qui rompt la torpeur monotone qui pesait initialement sur le personnage principal, où il était proche de l'étouffement. Soudain, la perspective change, le ton évolue également. C'est une sorte de libération. Et, pour un chimiste, quelle meilleure idée que de jouer justement... les chimistes avec des substances qui rapporteront suffisamment, afin de constituer un petit pactole pour sa famille ? Après s'être échiné à incarner les professeurs de chimie rangé, mais fauché, on passe à un autre stade. Cette passion scientifique peut être exploitée "pleinement" hors des conventions sociales... et des lois...
Par son ton assez sombre, ces touches d'humour noir, et une écriture subtile qui ne place pas le téléspectateur sous tutelle, cet anti-héros par excellence pique la curiosité. La mise en scène de cette métamorphose est intrigante et aiguise notre intérêt. Certes, il y a quelques défauts "classiques". Notamment le fait que la série succombe à cette mode d'une scène d'ouverture apocalyptique pour ensuite nous projeter "quelques semaines plus tôt", mais ce reproche n'en est pas vraiment un et ne mérite pas de s'y attarder.
Bilan : AMC semble prendre goût à la production de séries. Et c'est une bonne nouvelle. Au vu du désert qualitatif des grands network qu'accentue la grève, on applaudit l'initiative.
Breaking Bad propose donc un pilote prometteur pour une série à surveiller de près.

Petit aperçu :
17:00 Publié dans Découvertes sériephiles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : breaking bad, amc
24.01.2008
L'histoire est un éternel recommencement...
Un extrait d'un article de circonstance, croisé un peu par hasard aux archives, il y a quelques semaines, et mis de côté pour un jour comme aujourd'hui...
Juste pour mettre un peu de perspective dans les thématiques actuellement sur-exploitées dans nos médias.

Article extrait du journal "Aux Ecoutes"
N°769, paru le 11 février 1933
1933. Une autre époque.
Et pourtant, des termes paraissent très familiers.
07:20 Publié dans Humeurs versatiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grève
22.01.2008
Dans l'air du temps : Le vent de l'hiver (Raphaël)
Impatiente. Un peu inquiète. Attentive. Curieuse.
Ensuite, une deuxième écoute. Pour bien apprécier les paroles. Je me laisse entraîner dans ces rythmes bohêmes, cette chanson au rythme fluctuant, à la musique riche, au ton oscillant entre une teinte d'optimisme et une légère mélancolie.
Sans hésitation, rendez-vous le 17 mars.
22:20 Publié dans Dans les oreilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : raphaël, le vent de l'hiver
20.01.2008
SNCF : A nous de vous faire préférer votre voiture
Pendant que l'on n'en finit plus de découvrir les mesures à degré variable du fameux "Grenelle de l'Environnement", à l'heure d'un raz-de-marée nommé "Velib", il convient quand même de souligner l'existence d'une entreprise qui résiste encore et toujours à ce dynamisme, en participant activement au sabordement de ce mouvement général d'abandon de la voiture.

La critique est facile. Certes. Les horaires ont une fonction purement indicative. Il faut se faire une raison. Tout usager régulier des transports en commun a appris à relativiser, s'imposant une prise de distance avec la situation qui tranche généralement avec les voyageurs occasionnels, qui découvrent à leurs frais les coulisses de cette grande machine. Les retards qui s'étirent, les correspondances qui tombent à l'eau, sont une donnée du quotidien.
Seulement, s'il est classique de nous reprocher de "ne relever que les trains qui arrivent en retard", depuis quelques temps, j'ai surtout tendance à ne retenir que... les trains qui arrivent à l'heure. Ou plutôt LE train du mois qui ne m'obligera pas à changer mes plans à la dernière seconde.
La donnée n'est pas nouvelle. Pourquoi un billet aujourd'hui ? Parce que depuis six mois, le service s'est encore considérablement dégradé. Un constat que tire même les personnes travaillant à la SNCF que je connais. Et vendredi soir, la SNCF nous offrit un de ces grands moments dont elle a le secret. Encore plus ambitieux qu'à l'accoutumée. Même pour un vendredi soir.
Dès la descente du tramway, j'avais été prise de sérieux doutes, ma volonté de prendre le train dans l'heure soudain très ébranlée. En jetant un coup d'oeil réflexe au petit panneau d'affichage extérieur, tout usager devinait l'annonce du début de longs ennuis. Il était 18 heures. Mais le premier train annoncé en haut du cadre indiquait un départ "initialement" prévu aux alentours de... 16 heures. Et, alors qu'habituellement, nous avons droit à une certaine diversité dans les différents chiffres aléatoirement répartis sur le tableau : Retard 5 minutes par-ci, Retard 20 minutes par-là... Vendredi soir, c'était une imperturbable uniformisation générale qui avait envahi l'ensemble du tableau. Cela existe en période de grève, avec le terme "Supprimer". Mais cette fois, c'était un bandeau lourd d'incertitudes qui défilait en face de chaque train : "Retard indéterminé".
La soirée commençait mal. Depuis deux heures, travailleurs pressés de partir en week-end, étudiants chargés de leur sac de voyage et autres voyageurs en transit s'entassaient dans le hall de la gare, où la vitesse moyenne de déplacement devait approcher le mètre à la minute. Certes, il y a toujours une bonne raison, la plupart du temps indépendante de l'action de la SNCF. Vendredi, un train n'avait rien trouvé de mieux que de tomber en rade dans une petite gare, endroit où il est impossible de faire passer les trains par une autre voie. Trafic entrant et sortant bloqué.
Un vendredi un peu plus apocalyptique que les autres à la SNCF...
Seulement c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder un vase qui semblait pourtant très extensible.

J'ai la chance d'habiter dans une région "pilote", dans la mise en place de ce qui constituerait la concrétisation du progrés par excellence : le cadencement du trafic TER. Le Conseil Régional ayant décidé de promouvoir, d'accord avec la SNCF, les transports sur rails, il afficha l'intention d'organiser (avec ce terme si ambitieux, on aurait dû se méfier) une meilleure desserte de la région. Dans les faits, cela a surtout abouti à une suppression conséquente de certaines distributions et une multiplication du nombre de correspondances nécessaires (dans la lignée de "comment prendre les gens pour plus idiots qu'ils ne sont"). Mais le pire était à venir, car, depuis le 9 décembre, les problèmes ont atteint un degré jamais atteint en six années de fréquentation SNCF.
Avait été préparé, en guise de cadeau de Noël avant l'heure : la refonte de l'ensemble de la grille horaire pour préparer la première étape du cadencement. Laissez-moi vous conseiller une seule chose : priez pour que cela n'arrive jamais dans votre région.
Si je ne sais pas comment fonctionnent les services internes de la SNCF, manifestement, il y a ceux qui arrangent les trains, et ceux qui arrangent les papiers. Les personnes qui conçoivent les horaires appartiennent, selon de fortes probabilités, à la deuxième catégorie et n'ont sans doute jamais mis un pied dans une vraie gare, ne connaissant de la réalité des chemins de fer que le poster publicitaire dont la direction impose l'accroche sur un des murs du bureau. Confiez-leur une refonte du planning des trains et du casse-tête des croisements. Le résultat fut dévoilé le 9 décembre. Un joyeux chaos. Le voyageur téméraire découvrit une véritable avalanche de trains supprimés pour "impossibilité de mise en quai" (kesako ?), voire des trains carrément portés disparus, annoncés sur des horaires devenus fictifs. Des retards qui s'accumulent, des trains qui attendent une demi-heure en gare sans explication. Des heures de retard pour cause de "problème dans l'acheminement du personnel". Le tout achevant de réduire à néant toute tentative de correspondance (alors même que ces dernières sont devenues obligatoires sur mon trajet).
Pour que vous preniez la mesure du chaos qui avait soudain envahi les lignes, sachez que même la SNCF se rendit compte que le service tournait encore moins rond qu'à l'accoutumée. Deux petites semaines ne s'étaient pas écoulées depuis l'entrée en vigueur des nouveaux horaires qu'arrivaient... les "nouveaux nouveaux horaires". Encore plus neuf que les nouveaux. Sans aucun doute tout droit sortis des ordinateurs affinés par des calculs sans doute fort compliqués, à défaut d'être exacts. Des "nouveaux nouveaux horaires" trop nouveaux pour être disponibles dans les gares où sont encore distribués dans les présentoirs les... anciens nouveaux horaires. C'est dommage. Surtout pour l'usager, prévenu de l'existence de ces nouveaux nouveaux horaires, pour certains, en découvrant l'existence d'un train ou en ratant leur correspondance, pour les surfeurs modernes, par une petite indication sur le site de la SCNF : "téléchargez vos nouveaux nouveaux horaires au format PDF !", avec le sous-titre accrocheur "non encore disponible en gare !" Exclusivité, la classe !
Modérons un peu ce tableau noir, malgré tout. Car cet engrenage infernal peut également avoir des effets positifs. Si. Ainsi, ce mois-ci, j'ai réussi à arriver à destination avec 10 minutes... d'avance. Oui, oui. D'avance. Je sens qu'il va falloir garder cet exemple sous le coude un bon moment. Mais, par quel miracle ou jeu paradoxal de la défaite de la ponctualité parvient-on à ce résultat ? C'est bien simple. Vous êtes dans le cas d'une correspondance. Vous aviez quinze minutes de battement entre vos deux trains, quand, au bout de cinq minutes, arrive un train à destination de votre lieu d'arrivée. Vous montez simplement... dans le train précédent, qui est juste très en retard, mais en avance par rapport à votre planning. Et, rien que pour ça, les retards prennent soudain une toute autre dimension. Parce que vous montez dans un wagon de voyageurs excédés, pour peu qu'ils soient un peu néophytes, ils sont au bord de la crise d'hystérie en raison d'une correspondance TGV qu'ils vont fatalement rater. La petite voix susurre dans les hauts parleurs "nous vous prions de nous excuser pour le retard occasionné". Et dans ce marasme de mauvaises humeurs, vous, vous rayonnez (en appelant chez vous en catastrophe pour annoncer que, non, ce n'est pas un retard, mais une avance qu'il faut prendre en compte pour venir vous chercher dans une demi-heure). Mais le contraste dans le wagon est alors tellement saisissant qu'il vous redonne le moral pour la journée.

Reste que, désormais, avant d'aller à la gare, l'usager de ma région ne se demande plus s'il y aura un peu de retard, s'il a bien son billet en poche, s'il a tous ses bagages... Non, la question qui le taraude est devenue plus angoissée, plus agacée. Ce n'est plus un simple "quand ?", mais c'est devenu : "Est-ce que je vais parvenir à destination ?"
Au milieu des trains supprimés, des rames échoués, des impossibilités de mise à quai et des personnels non acheminés... (Et je n'ai même pas abordé les problèmes engendrés par les grèves locales qui ont succédé à la longue grève nationale)
(Et croyez-moi, dès que je pourrais investir dans une petite voiture d'occasion... Que ceux qui aiment tant faire la morale testent donc la réalité de l'état du réseau SNCF)
09:50 Publié dans Humeurs versatiles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
13.01.2008
L'Auberge de Peyrebeille - Chronique d'un fait divers ardéchois
Car c'était là, jadis, que la mort t'attendait,
La Maison du refuge était l'antre du crime
Et dès le seuil franchi, nulle âme n'en sortait !"

Hier soir -ou plutôt ce matin très tôt-, France 3 diffusait un documentaire cherchant à relater la véritable histoire occultée derrière le mythe des évènements qui eurent lieu dans cette auberge de Peyrebeille, plus connu sous le nom d'Auberge Rouge.
Vous avez peut-être lu des articles sur cette célèbre affaire criminelle de la première moitié du XIXe siècle. A moins que vous n'en connaissiez la version avec Fernandel. Ou l'inutile remake récent sorti en décembre, de Gérard Krawczyk, qui transpose l'action dans les Pyrénées.
Pour moi, cette fameuse bâtisse est longtemps restée ce bâtiment perdu, toujours situé sur un chemin devenu une route nationale, synonyme de sentier des vacances. Lorsque nous passions devant, c'était l'occasion pour mes parents d'esquisser rapidement la légende du lieu - sans doute le moyen non avoué de s'assurer que ma soeur et moi nous taisions quelques minutes, retenant notre souffle jusqu'à ce que la bâtisse sombre se soit éloignée. Car, en dépit de la modernité de la route qui la longe et qui voit défiler à 100km/h l'invasion des touristes chaque été, mon esprit prompt à un imaginaire dramatique a toujours trouvé glaçant ce grand panneau que l'on ne peut manquer "Ici l'authentique auberge de Peyrebeille". Pire, lorsque nous y passions à Toussaint, sous un bas ciel gris vaguement angoissant, seule voiture sur une route entourée d'épaisses forêts de sapins, je pouvais presque m'imaginer 150 ans plus tôt et j'étais prise dans cette pesante ambiance morbide. Certes, c'est mon légendaire sens de la dramatisation théâtrale qui se fait jour. Reste que les impressions demeurent gravées dans ma mémoire. C'est devenu un lieu touristique. Vous pouvez vous offrir dans la journée une après-midi au Lac d'Issarlès puis un rapide détour sur le chemin du retour pour visiter l'auberge, accompagné d'un guide qui s'amuse à effrayer ses clients. Pour ma part, j'en envoyais des cartes postales à mes amis.
Si j'ai développé une curiosité pour ce fait divers macabre, c'est que mon père et toute sa famille sont justement originaires de ce coin oublié, égaré dans les montagnes ardéchoises, quelque part entre Lanarce et Coucouron, où ma grand-mère a conservé une de ces grandes anciennes fermes "typiques". Pour effrayer les jeunes enfants avides de frisson et aiguiser leur sens de l'aventure, les deux légendes locales contées lors des soirées d'été sont celles de l'Auberge Rouge et celle, sans doute plus connue, avec une dimension surnaturelle en plus, de la bête du Gévaudan (nous sommes dans le Vivarais, pas très loin de Langogne, -et puis ma mère est originaire du Cantal).

L'Auberge de Peyrebeille, dite "Auberge rouge"
Une histoire macabre
C'est la disparition d'un paysan local, vendeur de chevaux, qui va précipiter l'engrenage fatal. De retour de la foire de Saint-Cirgues, ce dénommé Enjolras, surpris par l'obscurité, se serait arrêté chez les Martin pour la nuit (ces derniers, étant à la retraite depuis peu, ne s'occupaient déjà plus de leur fameuse auberge). Le fait incontestable, en tout cas, est que son cadavre est retrouvé peu après, le 26 octobre 1831, à seulement quelques kilomètres de leur domicile. La rumeur publique désigne rapidement les coupables. Serait-ce une certaine jalousie qui s'exprime, à l'égard de ces anciens paysans, devenus des aubergistes ayant gagné relativement bien leur vie dans ces montagnes ?
Une légende noire prend forme, que la Justice va venir sanctionner. Pourtant, sur les dizaines de meurtres que l'opinion leur attribue -certains iront jusqu'à évaluer à une bonne centaine le nombre de cadavres qui disparurent dans le fameux four de l'auberge-, la Cour d'Assises de l'Ardèche, devant laquelle le couple d'aubergistes et leur domestique comparaissent en 1833, ne leur impute qu'une seule mort. La seule victime dont le cadavre permet d'en établir l'existence : le maquignon retrouvé en 1831. Mais du mystérieux richissisme marchand juif dont l'ombre flotta sur les accusés, aucune preuve de son passage ne fut jamais apportée. Pas plus que pour les dizaines d'autres disparitions, victimes anonymes, supposées.Finalement, ce n'est que grâce au témoignage, aussi unique que fragile, d'un vagabond que les accusés furent reconnus coupables du meurtre de 1831. La Cour les condamne à la peine capitale.
Une mystification progressive : la "légende" perpétuée et entretenue
Aujourd'hui, vous pouvez encore trouver les masques mortuaires des trois condamnés. Vestige macabre d'un fait divers qui prit, au fil du XIXe siècle, une toute autre dimension.
Les rumeurs de l'opinion publique ont finalement permis d'entériner leur propre version des faits, occultant les conclusions plus modestes du tribunal. Cette opinion est consacrée dans un ouvrage qui diffuse ce fait divers local, brochure publiée sous le titre évocateur autant que provocateur du "Coupe-gorge de Peyrebeille". Paru en 1886, son auteur, Paul d'Albigny, un directeur de journaux locaux, se propose de faire revivre à ses lecteurs "vingt-six ans de vols et d'assassinats". C'est un récit dense et très détaillé, résolument à charge contre les aubergistes qui replonge dans ce début de XIXe siècle.
Une culpabilité aujourd'hui remise en cause : une erreur judiciaire ?
Au cours du XXe siècle, des historiens se sont replongés dans les archives de l'époque, reprenant le dossier d'accusation et les pièces de procédures. Dans les documents officiels d'époque, aucune trace des dizaines de victimes, ni d'éléments permettant d'accréditer cette légende sanglante.
Plus récemment, certains chercheurs défendent désormais la thèse selon laquelle il convient de replacer ce fait divers dans le contexte politique particulier de l'époque. C'est notamment l'opinion du dernier livre paru sur le sujet, en 2007, intitulé Le Secret de l'Auberge rouge. Gérald Messadié développe l'idée selon laquelle c'est un règlement de comptes politique qui a scellé le sort des aubergistes. Ces derniers auraient appartenu au clan des royalistes, dont l'Ardèche a longtemps compté plusieurs poches de résistance. En 1830, l'abdication de Charles X avait porté un coup dur aux partisans de l'Ancien Régime. De plus, Pierre Martin aurait été un sympathisant de quelques bandes qui commettaient des méfaits sur le plateau ardéchois. Cela expliquerait le ressentiment général à leur égard et les témoignages quelque peu "providentiels" au cours du procès.
13:30 Publié dans Petites histoires dans l'Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : auberge rouge, peyrebeille
12.01.2008
Protestations météorologiques d'un samedi matin ordinaire
La joyeuse (*ironie*) surprise de 8 heures ce matin...
Tout d'abord, je vous replace le contexte de ce samedi ordinaire :
La motivation pour se rendre aux archives dans la courte fenêtre d'ouverture de 8h45 à 11h45 un samedi matin est déjà quelque chose de très fragile, qu'il convient de préserver, de soigner tout le long de la semaine précédente. Affronter un trajet de plus d'une demi-heure, dont un bon quart d'heure à pied, juste pour arriver à bosser, disons, 2h30 de façon effective, n'est pas toujours des plus évidents.
Mais, ce matin, je venais d'arnacher tous les bagages électroniques nécessaires, m'apprêtant à partir, et j'ai soudain eu l'idée d'entrouvir mon rideau, histoire d'évaluer l'étendue du déluge pluvieux que je pressentais devoir affronter. La journée descendit soudain d'un nouveau cran en terme de noirceur climatique, car je découvris cette vue du haut de mon appartement :

Cerveau semi-embrumé, en cours de cafféinisation, marquant un temps d'arrêt :
Kezako ? 
Je proteste !
Je veux bien essayer de faire preuve d'esprit festif et écarter masquer mon chagrin lorsque ce manteau blanc recouvre ma ville au cours du mois de décembre. Esprit de Noël, es-tu là ?
Mais nous sommes en pleine période où toute cette effervescence est retombée, soignant notre déprime en achevant notre compte en banque. Onze nouveaux mois s'ouvrent à nous sans la perspective de ces hypothétiques joies glacées. Et aucune envie d'embrasser un esprit hivernal pernicieux qui s'insinue partout.
Qui plus est. En plus de ne pas être invitée, le moins du monde, ce serait quand même de prévenir avant d'arriver !
Le gentil présentateur météo n'a même pas mentionné cette possibilité quand je l'écoutais d'une vague oreille dix minutes auparavant.
Le choc psychologique aurait été anticipé et travaillé.
Et puis, vraiment, il fallait absolument que ce soit un samedi matin ?
Ne pas réserver ce genre de surprise à une pauvre étudiante qui va devoir crapahuter sous un mélange pluie/neige continuant de s'abattre, imperturbable, sur la ville, tout en jouant les équilibristes maladroites sur des trottoirs verglacés où -évidemment- personne n'est passé avant à cette heure-ci, un samedi matin sur le campus. Le tout en tentant -prioritairement- de sauver des eaux son ordinateur portable, son appareil photo numérique et tout un tas de babioles au degré d'utilités divers et autres câbles électroniques nécessaires, qui constituent l'équipement minimum d'une excursion aux archives.
12:55 Publié dans Humeurs versatiles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : neige
10.01.2008
[Livre] La trilogie des magiciens, de Katherine Kurtz
Errant sans but dans les rayons d'une librairie (attitude aussi irresponsable que dangereuse pour mon compte en banque), je suis tombée en arrêt sur les rééditions par Pocket des différentes trilogies fondatrices de Katherine Kurtz (avec une fusion des trois tomes pour l'occasion). J'avoue qu'elle est restée une de mes auteurs favoris de Fantasy, un genre littéraire que j'ai toujours particulièrement affectionné. Et tant pis pour les mauvaises langues qui aiment à médire sur cette supposée sous-culture au sujet de laquelle elles ne savent qu'étaler leur ignorance en recyclant des préjugés caricaturaux qu'elles ne sont pas en mesure d'étayer sérieusement.
Enfin, comme je n'avais plus relu cette oeuvre depuis longtemps, je n'ai guère hésité à venir allourdir un peu plus les rayons déjà surchargés de ma bibliothèque (de toute façon, plus aucun livre ne peut matériellement y être casé).
L'occasion donc d'une brève review sur ce livre dont la relecture m'a rappelé combien je l'appréciais (La Trilogie des Rois, préquelle très aboutie qui doit pourtant, à mon sens, être lue après cette première trilogie, sera sans doute reviewée prochainement).
Quatrième de couverture :
Tout commence lors d'une partie de chasse, quand Brion Haldane, le roi de Gwynedd, meurt d'une crise cardiaque, provoquée par une puissante magicienne derynie. Kelson, encore adolescent, succède à son père. Alaric Morgan, l'un des rares Derynis de Gwynedd qui ose afficher ses origines et ses pouvoirs, sait comment transmettre à Kelson les pouvoirs magiques inhérents à la charge royale dans la dynastie des Haldanes. Kelson en aura grand besoin: révoltes localisées, complots de certains nobles, emprise croissante de la hiérarchie religieuse... Mais au Conseil de Régence, Jehana, la veuve de Brion veut faire condamner Morgan comme traître et hérétique, afin que son fils ne perde pas son âme en étant corrompu par la magie derynie... Situé dans un Moyen Age alternatif, le monde est l'enjeu d'une lutte entre les humains et les Derynis race d'apparence humaine aux pouvoirs psi innés. La trilogie des magiciens (Le réveil des magiciens, La chasse aux magiciens, Le triomphe des magiciens) ouvre le cycle des Derynis, l'une des œuvres les plus importantes de la fantasy contemporaine.
Avis :
Ces magiciens désignés dans le titre s'appellent les Derynis, petite partie minoritaire de la population, qui présente des capacités particulières. Le récit s'inscrit dans une épopée intéressante. Si le style et l'univers ne sont pas encore aussi assurés que dans les trilogies suivantes, il est difficile de ne pas se laisser happer par l'esprit qui souffle sur ce roman. Les intrigues de cours s'esquissent, la psychologie des personnages se creusent au fil des pages et des tomes. Il règne une atmosphère tendue. Les rebondissements ne manquent pas, mais l'auteur refuse de sacrifier la construction des intrigues et des protagonistes au nom de la simple action.
En effet, ce qui constitue l'atout indéniable de ces livres est la cohérence et la complexité de l'univers créé. A la différence de trop nombreux livres du même genre, l'auteur s'attache à dépeindre une société dans son ensemble. Elle s'attarde sur différents éléments, faits sociaux ou tensions dynastiques, qui confèrent une dimension de réalité à l'histoire. Les parallèles avec le monde moyen-âgeux (autour du XIIe-XIIIe siècle) sont flagrants, mais travaillés. S'esquisse déjà une constante dans ses ouvrages qui est l'importance du rôle de la religion, plus en tant qu'institution que simple croyance. L'auteur crée toute une organisation ecclésiastique complexe, reposant sur un système de croyances dogmatiques très abouti, mais dont l'élément conjoncturel est mis en avant, qui joue un rôle majeur dans l'histoire. Cet élément religieux (l'auteur s'inspire du catholicisme, dont elle arrange certains aspects, notamment une centralisation toute relative), construit avec un souci du détail admirable, permet justement de poser des bases plus profondes au récit. Pouvoir et contre-pouvoir s'influencent et se contrent au détour des chapitres, chacun cherchant à promouvoir ses intérêts ou ses vues.
Si une constante de ce que l'on appelle couramment la high fantasy réside dans une vision plutôt manichéenne de l'univers, le ton est cependant plus nuancé qu'un simple lutte du bien contre le mal. Cela est en grande partie dû à la multiplicité et la diversité des acteurs qui interviennnent. Chacun suivant un agenda spécifique, où ce sont avant tout les intérêts particuliers qui les motivent.
L'écriture est riche et vivante. Le dépaysement garanti. Les thématiques abordées permettent à l'auteur de ne pas s'enfermer dans un seul genre. L'évènement déclencheur et le fil rouge du livre est la transition dynastique avec l'accession au pouvoir de Kelson, et sa progressive prise en main du Royaume. Cependant, la vie des différents protagonistes, si elle tourne autour du pouvoir, se décline dans toutes ses dimensions, amitié, amour et trahison sont au rendez-vous.
Si la complexité de l'univers des Derynis n'est pas encore pleinement exploitée, notamment la géopolitique en dehors du Royaume de Gwynedd qui reste floue, et que beaucoup de questions demeurent sans réponse, l'ensemble est cependant convaincant.

Bilan : Un coup de coeur qui ne se dément pas. La Trilogie des Magiciens reste un vrai classique de high fantasy.
Si dans l'oeuvre de Katherine Kurtz, je reste sans doute plus marquée par la Trilogie des Rois, à mon sens plus approfondie, la Trilogie des Magiciens s'en démarque par un certain optimisme, un roman d'aventures moyen-âgeuses moins sombre que ses préquelles. Le premier tome marque une innocence que le récit perd, certes, peu à peu, mais qui n'est jamais totalement écartée. Il n'y a pas l'aspect tragique de la Trilogie des Rois.
10:30 Publié dans Aventures livresques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : katherine kurtz, la trilogie des magiciens
05.01.2008
[Série] State of Play (Jeux de pouvoir)
Des (bonnes) raisons de s'installer devant Arte ce soir à 22h30.
Ce soir, il vous faut soit programmer votre magnétoscope, soit mettre en parenthèse votre vie sociale pour venir grossir les rangs des audiences confidentielles de la chaîne franco-allemande. En effet, cette dernière diffuse les deux premiers épisodes d'une excellente mini-série de la BBC. Datant de 2003, elle a déjà été diffusée sur Canal +, mais si vous n'avez pas la chaîne câblée, si vous avez raté la diffusion ou si vous n'avez pas (déjà) acheté, les yeux fermés, les DVD (comme moi), profitez de cette séance bienvenue de rattrapage.
[Le billet qui suit ne contient évidemment aucun spoiler sur la résolution de l'intrigue.]
STATE OF PLAY (Jeux de pouvoir)
Synopsis : Ce matin-là, à Londres, Stephen Collins, député travailliste plein d’avenir qui préside la Commission d’enquête sur l’énergie, se rend en métro à la Chambre, quand la rame s’immobilise : un corps a été trouvé sur la voie. à l’air libre, un jeune Noir tente éperdument d’échapper à son poursuivant, un tueur à visage découvert, qui l’exécute en pleine rue avant d’abattre un témoin qui passait en scooter. Au même instant, dans le hall du Parlement, Stephen Collins s’effondre, suffoqué par l’émotion : il vient d'apprendre que son assistante parlementaire, Sonia Baker, est la victime du métro. Suicide, accident ? à la conférence de presse improvisée hâtivement par son parti, la réaction du député suscite les conjectures : quelle était la nature de ses relations avec la disparue ? Au Herald, l’un des quotidiens en vue du royaume, le rédacteur en chef Cameron Foster flaire le gros coup avec gourmandise.
Mini-série composée de six épisodes.

State of Play est une mini-série, créée par David Yates (Sex Traffic) et dont le scénario est signé Paul Abbott (Shameless). Diffusée sur la BBC en 2003, multirécompensée, notamment aux BAFTA Awards, elle a été très bien accueillie par les critiques. Elle a même attiré l'attention d'Hollywood, où un film s'en inspirant est actuellement en préparation (en dépit des multiples remaniements de casting qui ont eu lieu dernièrement).
State of Play, c'est aussi un casting de luxe. En tête d'affiche, incarnant deux amis qui ne jouent plus dans le même camp, mais qui s'épaulent et s'affrontent avec ambiguïté, vous retrouvez David Morrissey (Blackpool, Meadowlands/Cape Wrath), en étoile montante du Parti Travailliste pour lequel les voies du pouvoir sont grandes ouvertes, et John Simm (Life on Mars) en journaliste persistant, navigant dans des eaux dangereuses, à la limite de l'éthique.
Ils sont épaulés par l'excellent Bill Nighy, incarnant le rédacteur en chef flegmatique qui maîtrise toutes les arcanes du pouvoir. Les sériephiles reconnaîtront également Polly Walker (Rome), en épouse politique délaissée, et James McAvoy (Shameless), en jeune journaliste free-lance ambitieux.
State of Play bénéficie d'une histoire riche et très travaillée, où la tension monte progressivement et où le suspense devient rapidement intenable. L'enquête se complexifie au fil des épisodes. Au fur et à mesure des découvertes troublantes des journalistes, les enjeux soulevés deviennent de plus en plus importants, de plus en plus proches du pouvoir, et de plus en plus dangereux.
Les scénaristes multiplient les faux semblants, les semi-vérités. Les doutes des journalistes, eux-mêmes divisés dans leurs analyses, contamine le téléspectateur par leurs désaccords et les éclairages très différents qu'ils apportent sur une même affaire. Les soupçons s'insinuent. Fausses pistes et retournements de situations s'enchaînent, entraînant le téléspectateur dans des intrigues de plus en plus sombres où il perd ses repères. Les fils se dénouent peu à peu pour révéler un tableau glaçant, état des lieux sans concession des rouages du pouvoir.
Car, en effet, en plus d'être un thriller parfaitement maîtrisé et très prenant, State of Play prend une dimension supplémentaire en mettant en lumière, avec une sobriété efficace toute britannique, les dérives d'une démocratie moderne. Elle offre ainsi, tout d'abord, un traitement sans concession des rapports douteux que peuvent entretenir politiques et médias, illustrés par l'amitié unissant les deux personnages principaux. Si Cal McCaffrey dispose grâce à elle de renseignements privilégiés, directement à la source, où se trouve la limite entre informations personnelles et informations du public ? La frontière se trouble, de plus en plus floue. La force de cette mini-série est de ne pas se cantonner à une vision manichéenne du rapport entre le journaliste et le politique. Au contraire, le récit se complaît dans une subtilité volontairement ambiguë, où les bases sont fluctuantes. Le téléspectateur ne parvient pas avec certitude à cataloguer cette relation avant la conclusion de la série. Honnêteté, fidélité, manipulation se mélangent et se succèdent, soulevant plus de questions que les interactions entre les deux personnages n'en résolvent.
Pessimiste ou réaliste, State of Play dresse également un portrait sans concession des pratiques au sein même du pouvoir politique. La mini-série nous immerge dans les moeurs troubles du Parti Travailliste. Parfait cas d'école de la maxime selon laquelle l'art de gouverner est avant tout l'art de la manipulation. Dans les couloirs agités du Parlement, les éminences grises du Parti tirent les ficelles d'un vaste jeu de pouvoir occulte, où le fonctionnement démocratique des institutions apparaît comme un simple faux-semblant savamment entretenu. Le téléspectateur mettra, comme les journalistes, toute la mini-série pour appréhender l'ampleur des manipulations en jeu, jusqu'au dernier retournement final.
On touche ici à l'aspect le plus abouti de cette mini-série : la dénonciation de l'influence de ce pouvoir occulte, qui n'a même pas à passer par l'élection : celui de l'argent, ou plutôt des grands industriels. En éclairant l'ingérence des multinationales dans la gestion du pays et l'adoption des législations, le téléspectateur plonge dans l'exercice d'un type de lobbying particulièrement dangereux. Entre pressions et corruptions, ces consortium ne semblent s'astreindre à aucune limite.
Bilan : State of Play, c'est tout le savoir-faire et l'efficacité britanniques dans un thriller captivant qui sait jouer sur différents tableaux. Ce sont des enquêtes complexes, une interrogation sur l'amitié, mais aussi la mise en lumière des jeux de pouvoir dangereux qui se déroulent au sommet de l'État pour gouverner la Grande-Bretagne et que se livrent, sans complaisance, politiques, multinationales et journalistes.
C'est un portrait sombre, mais réaliste, des rapports entre le pouvoir institutionnel, le pouvoir occulte de l'argent et le "4ème pouvoir" que sont les médias.
En fin de compte, Jeux de pouvoir est une mini-série très riche, très bien écrite et servie par un solide casting particulièrement convaincant.
Un "must seen" de la fiction britannique à ne pas manquer.
[Jeux de pouvoir - Arte - Samedi 5 janvier - 22h30]
10:20 Publié dans Découvertes sériephiles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : state of play, jeux de pouvoir, arte
03.01.2008
[Film] Atonement, James & Moi
James et moi, cela remonte à quelques années déjà.
Notre rencontre a eu lieu dans un thriller politique magistral, une mini-série (ceux qui me connaissent vous diront qu'avec moi, tout ne peut commencer qu'avec une série) intitulée State of Play. A l'époque, le jeune journaliste free-lance ambitieux, fils du rédacteur en chef, avait déjà capté mon attention dans ses (trop courtes) scènes. D'ailleurs, à ce sujet, une très bonne surprise de la part d'Arte, qui diffuse Jeux de pouvoir à partir de samedi prochain (le 5 janvier) à 22h30. Si vous n'avez pas déjà vu cette mini-série excellente et prenante, comportant six épisodes, à l'affiche de laquelle vous retrouverez notamment, outre James McAvoy, John Simm, David Morrissey et Bill Nighy, je vous la conseille chaudement. A vos magnétoscopes samedi soir, vous ne le regretterez pas !
Dans les années qui suivirent, nos routes continuèrent de se croiser. Dans la série Shameless, puis dans Les Enfants de Dune...
L'année dernière, ce fut le très marquant Le dernier roi d'Ecosse.
Logiquement, Atonement et les critiques plutôt bonnes que j'avais pu lire avaient donc éveillé en moi un certain intérêt. Pourtant, je suis la première à reconnaître n'être pas une grande fan des romances, romantiques ou impossibles, transposées sur grand écran. De plus, j'ai la larme facile et ne recherche pas particulièrement les drames. Certes, il s'agit d'un film de Joe Wright, qui n'est pas un inconnu, même pour une néophyte telle que moi. J'avais regardé en son temps sa version de Pride & Prejudice. Mais j'avoue qu'à l'époque également, c'était le casting qui avait constitué la principale explication de mon intérêt pour ce film (en l'occurence Matthew McFadyen).
Début 2008. Nous voici quasiment au même point. Je suis incorrigible.
Enfin, reste que, globalement, je fais rarement la démarche d'aller jusqu'au cinéma, attendant un éventuel passage télévisé en prime-time sur le hertzien. Mais, voilà qu'une bonne âme, une amie cinéphile ne désespérant pas de sauver les derniers pans des ruines de ma culture cinéma, m'a confié hier Atonement. En version originale. Elle sait bien que l'accent british ne me laisse jamais indifférente et que ce sera une motivation supplémentaire pour visionner le film.

ATONEMENT (Reviens-moi en VF)
Synopsis : Insouciante à l'abri dans sa gigantesque demeure victorienne. La jeune Briony a trouvé sa vocation, elle sera romancière. Mais quand du haut de ses treize ans, elle surprend sa soeur aînée Cecilia dans les bras de Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve face aux désirs des adultes va provoquer une tragédie et marquer à jamais le destin du jeune homme.
Sortie française : 9 janvier 2008.

Je n'avais jamais lu le livre, mais je connaissais l'histoire dans ses grandes lignes. Par conséquent, si je ne vais pas être pas en mesure d'évaluer la qualité de l'adaptation cinématographique, c'est en revanche sans une hésitation que je salue ce magnifique film. Magnifique et bouleversant, c'est une réussite marquante, à plusieurs niveaux.
Il faut tout d'abord applaudir l'esthétique d'ensemble des décors et de la réalisation. Chaque plan apparaît travaillé et perfectionné. L'immersion dans la vie de cette grande maison victorienne de 1935, petit palace aux moeurs d'un autre temps, est une retranscription minutieuse de l'époque, riche en détails. C'est une ambiance poétiquement kitsh qui s'en dégage. Une reconstitution dépaysant qui suit le classique des grandes productions britannique du genre. Pourtant, ce style imprègne l'ensemble du film. En effet, dans un autre registre, les scènes de reconstitution de la Seconde Guerre Mondiale sont profondément marquantes. Dans un long plan de balayage d'une plage où l'armée anglaise attend l'évacuation en juin 1940, le réalisateur parvient à dégager, du chaos apocalyptique quasi-indescriptible qui y règne, une étrange poésie fascinante et tragique, image paradoxale en écho au film lui-même.
L'histoire en elle-même peut se découper en plusieurs actes. Il y a l'innocence et l'éclosion des sentiments lors de cet été caniculaire de 1935. Le voile d'une tragédie inéluctable pèse sur cet enchaînement d'actes dont on sait qu'ils vont conduire à une tragédie. L'innocence de plusieurs scènes qui vont conditionner le futur -ou plutôt l'absence de futur- est particulièrement exacerbée à l'écran, notamment celle de la fontaine qui nous est racontée d'abord à travers les yeux de Briony, derrière sa fenêtre, puis de la perspective directe des protagonistes. Le spectateur anticipe malgré lui le drame en préparation, ce qui crée un contraste intéressant et impose une distance avec le récit des évènements.
Puis, l'accusation de Briony va clôturer ce premier acte. Puisqu'ensuite le film s'attache surtout aux conséquences. Il nous plonge dans une Angleterre qui n'a plus la féerie de la maison de grand bourgeois du début du film. En toile de fond, c'est désormais la guerre, parallèle métaphorique avec la perte d'innocence des protagonistes. On suit Briony, en plein doute qui veut se racheter. Le récit se détache à nouveau de la réalité, mais sur un autre plan. C'est à travers l'écriture que Briony espère atteindre le pardon. Les faits rendus impossibles par la dure réalité se réécrivent sous sa plume.
Finalement, en forme de conclusion, le dernier acte consacre le mélange entre la fiction de l'écriture et la tragédie de la réalité pour apporter la dernière touche à ce drame. La publication du livre autobiographique est la dernière action d'une Briony âgée, mourante, qui cherche toujours la repentance de cet acte d'adolescente, qu'elle est la seule à avoir encore en mémoire, dernier témoin dont l'effort de mémoire, en apportant cette histoire à ces lecteurs, permet de rappeler l'existence de cette tragédie passée, redonnant en quelque sorte vie à des protagonistes disparus depuis longtemps.
Atonement n'est pas une simple histoire d'amour tragique. Le film soulève d'autres thématiques plus profondes. Il s'interroge sur la définition de la vérité, en présentant une réalité fluctuante, au gré des perspectives, des flash-backs et du temps qui s'écoule. La mémoire trahit, elle oublie, mais elle enjolive également. Cette histoire est une constante interrogation sur la retranscription d'une réalité. De l'accusation fatale de Briony jusqu'à ce bonheur fictif qu'elle met en scène pour offrir à Cecilia et Robbie, dans les embellissements de son roman ce que la vie leur a refusée, la complexité des multiples facettes d'une réalité est explorée. Le livre, en réécrivant justement l'histoire, constitue la pierre finale au processus d'expiation de Briony.
En effet, la recherche du pardon est au centre de la seconde partie du film. Briony ayant pris conscience de ce dont elle est l'auteur, elle cherche à arranger les choses d'une façon ou d'une autre, désespérément en quête de repentance. L'entrée en guerre de l'Angleterre lui offre un moyen, celui de servir en devenant infirmière. Mais aider son prochain est une voie biaisée. Car le pardon dont elle a elle-même besoin, elle ne pourra l'obtenir ni de Cecilia, ni de Robbie. Ainsi, c'est par le biais de l'écriture, en refaisant vivre ces protagonistes, qu'elle peut leur adresser à travers la fiction l'amende qu'elle n'a jamais faite directement. C'est en réécrivant l'histoire, en ne leur déniant pas ce dont la réalité les a privés, qu'elle peut achever son lent cheminement vers l'expiation. Faisant sortir de l'oubli ces personnages de tragédie, elle met en oeuvre un effort de mémoire qui leur confère une postérité romancée. Action futile peut-être, mais la seule action qui reste à Briony. Et c'est dans cet arrangement dans la fiction d'une vérité trop dure, dans cette retranscription encore une fois biaisée de la réalité, que se trouve le centre du film. Plus qu'une tragique histoire d'amour et de vies brisées par de fausses accusations, c'est ce rapport à la réalité qui constitue la force du film et qui lui donne sa réelle dimension.
Mon bémol principal se trouverait peut-être dans la psychologie des personnages, dont j'aurais aimé qu'elle eut été plus posée, ou explicitée, notamment pour -surtout adolescente- Briony qui m'a semblé manqué de consistance.
En revanche, les acteurs offrent de solides performances dans des rôles dans lesquels, à l'évidence, ils excellent. Keira Knightley s'épanouit dans le premier acte, où elle est particulièrement lumineuse. James McAvoy est parfait dans cette spirale de la perte de l'innocence où son personnage est projeté, retranscrivant avec force l'évolution de l'étudiant affable jusqu'au soldat brisé. Trois actrices se succèdent pour incarner Briony aux divers stades de sa vie. Je pense que l'adolescente est celle qui a eu l'occasion de se montrer la plus convaincante.



Bilan : En dépit de quelques longueurs, surtout dans la la première partie, je me suis laissée emporter et submerger par la force d'ensemble du film. Esthétiquement magnifique, ce film n'est pas seulement une tragédie amoureuse. Il constitue une interrogation amère et bouleversante sur la réalité, mais est aussi une mise en scène complexe du processus d'expiation et de la quête d'un pardon impossible.
C'est une belle histoire tragique devant laquelle j'ai fini en larmes (me rappelant pourquoi je n'étais vraiment pas faite pour ces drames magnifiques, certes, mais éprouvants).
Même si je suis un peu profane dans ce type de fiction, Atonement qui est un pur produit de la fiction britannique, d'un classicisme parfaitement assumé et revendiqué, dans ses décors et ses dialogues, m'a plus convaincu que le précédent film de Joe Wright que j'avais eu l'occasion de voir (Pride & Prejudice).
Pour un aperçu, voici la bande-annonce du film :
10:10 Publié dans La cinéphilie en pointillés | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : atonement, james mcavoy
02.01.2008
[Perles] Le coup de grâce dans la déprime post-fêtes

Je t'ai gardé les moments les plus marquants, susceptible de te dérider, sorte de bande-annonce apocalyptique alléchante de mon épique correction de copies lors de ces "vacances" de Noël.
- L'amateur de sports [la faute au football notamment, où le orange est la couleur du maillot des Pays-Bas] :
"La révolution orange en Hollande" ![]()
- Le fan d'Astérix [la faute à Goscinny] :
"L'Empereur Jules César"

- L'inconditionnel de Michael Youn (défiant toute logique, il paraît que, oui, cette catégorie de la population existerait) :
"Les 11 commandements de la religion judéo-chrétienne" ![]()
[Mais c'est quand même terrible de se dire que ce film a imprégné suffisamment l'adolescence de l'époque, pour passer dans l'inconscient collectif -le pire étant que ma soeur s'est révélée elle-même atteinte lorsque j'ai fait le test]
- Gavroche avait raison, c'est la faute à Voltaire :
"Sous la monarchie, le roi réalisait tous ses caprices. Il n'y avait aucune limite."

- La "minaurité"
- La "bonne foie" (sans doute l'appel des fêtes pour leur dernier jour d'examen avant les vacances de Noël)
- Les "closes" (certes, un classique, mais qui ne se dément pas)
- Le "doll" (le droit des contrats, version poupée)
Et en bonus : j'avoue, les "empruntes ADN" et le "fort interne" ont réussi à me faire sourire.
Current Mood :

08:50 Publié dans Perles ou grands instants de solitude | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : perles










