18.11.2007

[Série] Battlestar Galactica - Razor

  

Disons le franchement, j'attendais ce téléfilm Razor avec un mélange d'appréhension et d'excitation. Appréhension parce que, des mois après, je ne sais toujours quoi penser du final de la saison 3 de Battlestar Galactica. Et ces cinq dernières minutes continuent de tourner dans ma tête, comme un sommet d'irréalisme qui vous fait vous interroger sur les compétences motivations des scénaristes. Au-delà des révélations finales, il faut dire que mon intérêt s'était détaché au fil de la saison. Après une première moitié très convaincante, les méandres amoureux vaguement soapesques et quelques facilités scénaristiques plus tard, l'identité de Battlestar Galactica s'était égarée en cours de route. Qu'allait-on retrouver dans ce téléfilm ?
Pourtant, parallèlement, comment ne pas ressentir une pointe d'excitation, alors Ron Moore se proposait de nous conter l'histoire du Pegasus, sombre vaisseau qui constitua un des tournants marquants de la saison 2.

Alors, certes, la saison 2 apparaît bien lointaine dans mes obscurs souvenirs. Certes, on éprouve un sentiment de décalage, de frustration, entre nos préoccupations actuelles concernant la suite de BSG et les enjeux dans lesquels ce téléfilm nous replonge. Mais, cette heure et demie réussit une oeuvre de réconciliation salvatrice.
Est-ce la soudaine nostalgie de retrouver une époque révolue ? Serait-ce l'étrange impression qu'au-delà des horreurs qu'ils ont déjà vécu, nos personnes récurrents sont encore si innocents ? A moins que cela soit la résurrection de l'identité forte de BSG, de ce qui a fait la réputation et le succès de cette série que l'on retrouve au détour de tous ces flash-back ?

On éprouve une double impression à la fois nostalgique et rafraîchissante, qui fait finalement de Razor une petite réussite qu'il convient de saluer à sa juste valeur.

   

Les premières minutes permettent (opportunément) aux scénaristes de replacer le contexte de leur histoire. Apollo vient de se voir confier le commandement du Pegasus par son père, après les morts successives des trois derniers commandants. Tout en suivant l'installation d'Apollo, puis sa première mission, de multiples flash back reconstituent les évènements qui ont conduit à cette tragédie, dont le destin scellé d'une Kendra à la dérive sera le dernier acte.

On s'immerge dans une tension constante, alors même que le suspense est totalement absent des décisions qui s'enchaînent, tel un engrenage inévitable. Le téléspectateur se souvient des "méfaits" de Cain. Du meurtre de son XO jusqu'à l'exécution de civils, aucun des évènements ne nous prend par surprise. Cependant, cela n'atténue pas l'impact de ces scènes qui restent d'une force dérangeante. Au contraire, cela confère une perspective plus profonde et plus riche à des échanges qui auraient pu être anodins sur le moment. Ainsi, comment ne pas ressentir de façon particulière cette scène d'ouverture qui nous offre un moment de complicité et d'évidente confiance entre Cain et son XO, alors que nous savons ce que quelques jours plus tard, Cain sera amenée à faire ?

On suit la descente progressive de Cain, dans la noirceur de choix de plus en plus extrêmes, de plus en plus destructeurs. A ce titre, avoir imaginé que Gina était son amante, donne finalement aux évènements une touche personnelle qui permet d'éclairer le masque de glace dans lequel se coule progressivement Cain. La trahison est totale. Le destin de Cain est aussi scellé, le téléspectateur sachant qu'elle mourra par la main de Gina.  Je trouve que c'est un choix intéressant, bien exploité par les scénaristes.



Au final Razor ne nous réserve pas de révélations particulières. La fin du téléfilm permet en plus de renouer avec le présent du téléspectateur et la saison 4 (seulement annoncée pour avril, c'est du sadisme !), comme l'hybride révèle à Kendra que Kara, "héraut de l'Apocalypse", conduira l'humanité à sa destruction.

Le dialogue final entre Lee et son père est une conclusion toute en nuance, caractérisant parfaitement ces deux personnages (et leurs différences), qui permet de clôturer avec justesse ce chapitre noir, rouvert le temps d'un téléfilm, qui marqua durement les semaines ayant suivi la destructions des colonies.

Bilan : Razor st une tragédie dont le destin des personnages est déjà scellé, qui nous raconte, en flash-back, l'engrenage des choix qui conduisit Cain aux extrémités que l'on connaît, tout en suivant le dernier acte de cette pièce. Car, comme le dit Kendra : elle symbolise l'héritage de Cain. Jusqu'au bout. Jusqu'à la fin et le sacrifice qui est avant tout une délivrance. La conclusion de la quête impossible d'une rédemption.

C'est du Battlestar Galactica convaincant. Avec la classe et la noirceur subtile qui ont fait le succès de la série.
De quoi me redonner confiance pour la saison 4 à venir.

A voir : la bande-annonce de Sci-Fi (le téléfilm est censé être diffusé le 24 novembre prochain seulement) :