28.11.2007

[Recherche] Les archives départementales

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J'ai retrouvé aujourd'hui un chemin familier, que je finirai sans doute par pouvoir suivre les yeux fermés. C'est celui qui conduit aux Archives Départementales. Étrangement, j'ai eu l'impression de renouer avec des réflexes naturels, des automatismes qui reviennent instinctivement. Certes, il y a eu ces quelques mois "off" où mes priorités étaient ailleurs : la tête à l'élaboration du projet de thèse, à l'allocation de recherche... et puis, d'autres bibliothèques, d'autres fonds, ont d'abord mobilisé mon attention.

Mais, une fois installée derrière mon ordinateur portable, près d'une fenêtre offrant en toile de fond des sommets enneigés qui se détachaient dans le ciel bleu, j'ai soudain mesuré à quel point cette atmosphère si particulière m'avait manquée. Si bien qu'étrangement, j'ai retrouvé avec plaisir les gestes, mais aussi les tracas, du quotidien aux archives.

Vous commencez votre journée par affronter les fameux et éternels bugs du capricieux système informatique qui égare la moitié de vos requêtes de documents. Vous entreposez ensuite vos affaires, manteau, écharpe et autres sacs dans le casier qui vous a été attribué, après avoir passé cinq minutes à convaincre la serrure que vous aviez en main la bonne clé. Puis, vous pénétrez dans la salle de lecture, jurant, grand Dieu, que cette fameuse trousse que vous venez de poser sur la table, ne contient évidemment- qu'une dizaine de crayons de papier. Aucun stylo, ni feutre en vue. Devant ces belles paroles responsables, l'archiviste de l'accueil se détend imperceptiblement. C'est ensuite l'attente rituelle des documents. Surtout si, comme moi, vous avez la fâcheuse habitude de toujours arriver au moment où l'archiviste vient de partir chercher les boîtes demandées dans la demi-heure précédente. Prenant votre mal en patience, vous allez alors siroter une boisson chaude, au premier étage, devant cette chère machine à café qui causera votre ruine. De retour en salle de lecture, il y a alors ce bref rush d'excitation comme vous vous installez. Il flotte un mélange indéfinissable de suspense et de curiosité lorsque vous ouvrez votre premier dossier, à la découverte de ce qui va constituer votre travail du jour.

e1cb40ac13eef79f69fc7d0a6f795016.jpg A la différence d'une bibliothèque, le silence ne règne jamais dans la salle de travail où tout le monde s'agite continuellement. Les habitués s'interpellent. Des débats d'historiens s'improvisent au coin d'une table. Les ventilateurs des ordinateurs portables ronronnent, tandis qu'en fond sonore, les machines pour lire les microfilms s'emballent, enroulant et déroulant leurs bobines, constamment à la limite de la rupture.

Au fil des semaines, des mois, les archives deviennent peu à peu un second lieu de travail. Ces mêmes têtes, croisées jour après jour, le personnel, mais aussi les autres chercheurs, deviennent familières, se transformant progressivement en étranges collègues de travail non officiels. Les liens se nouent autour de votre dose régulière de caféine ou du rapide sandwich de la pause de midi.

Finalement, il s'agit d'un étrange lieu hors du temps, porte entrouverte vers le passé, la mosaïque des pièces d'un puzzle qui ne demande qu'à être reconstitué.

J'adore.



Même si je suppose que seuls les historiens peuvent vraiment comprendre cette note, sachez que cela fait partie des moments où je prends conscience à quel point j'aime la recherche.