23.12.2007

[Boulot] Mes cadeaux de Noël avant l'heure...

Vendredi, j'avais une longue matinée de surveillance de partiels. Notamment dans la matière que j'enseignais en travaux dirigés ce semestre. Le prof du CM nous fit alors une jolie surprise : en cadeau, emballé dans une enveloppe marron guère sexy, un magnifique tas de copies à corriger. *regard pétillant* 
Histoire d'emmener un peu de la fac en famille pour les fêtes.

Je n'ai rien contre cet usage qui veut que les chargés de TD héritent de lots de copies de partiels (même si c'est stressant, le prof de CM effectuant une double correction derrière vous : il évalue autant l'étudiant que le premier correcteur, en l'occurence, vous). Mais cela aurait peu coûté de me mettre au courant... disons... quelques jours heures auparavant. Si bien que ce sont mes étudiants, avec qui j'échangeais quelques mots avant l'examen qui m'ont annoncé cette joyeuse nouvelle.
_ Ah, au fait, madame, il faudra être gentille quand vous corrigerez les copies. Laissez-vous porter par l'esprit de Noël.
_ ... ?


Dans ce cas-là, vous gardez tant bien que mal un sourire figé de circonstance et commencer à décaler mentalement l'ensemble de votre planning déjà overbooké pour les prochains jours.

Donc, ce matin j'ai attaqué la correction des premières copies...
La surcharge de travail laisse place à une dépression plus insidieuse. On parle souvent du sadisme des profs, mais que dire de la destruction mentale méthodique qu'un groupe d'étudiants peut opérer chez un pauvre correcteur ? 

Bref, pour le moment, je suis en plein dans la première étape psychologique de la correction d'examen : le déni.

Ma réaction naïve de l'apprenti prof en train de s'étrangler avec son crayon de papier :
Bon sang, mais ces sujets étaient quasiment du tout cuit !
Ces pseudo questions de "réflexion" portent le même intitulé (au mot près) que deux sections de leurs cours !!
Mais comment est-ce possible que la majorité réussisse à rédiger leur réponse sans faire ni référence, ni la moindre allusion au contenu de ladite section de cours !! C'est un jeu ?!
Et un accord sujet/verbe, voire même avec l'adjectif, juste une fois par page, c'est trop demander ?!

 

EDIT : Sérieusement, trouver "Françe" dans une copie de première année post-bac... Euh... Vous croyez vraiment que le problème vient uniquement du stress ?

20.12.2007

De la beauté du cadre des stages résidentiels du CIES...

En plus d'être allocataire de recherche, j'ai également le statut un brin obscur (mais en pleine expansion) de "moniteur". Kézako, me direz-vous ? C'est-à-dire que je suis une formation qui est organisée par un CIES (Centre d'Initiation à l'Enseignement Supérieur), sorte d'IUFM mais pour enseigner à l'université.
Parmi les nombreux stages obligatoires à effectuer (dont je pourrais reparler sur un plan plus critique ultérieurement) figure le fameux stage "résidentiel" de première année de monitorat, où l'on s'expatrie dans une station de ski à une heure de route de mon campus universitaire. Trois longues journées coupé du monde (enfin, le wifi est accessible gratuitement dans le bar-salon du centre), mais logé dans un complexe hôtelier très classe et bien organisé.

Mais surtout, pour faire oublier ces journées qui s'éternisent, où séminaires et débats stériles finissent par complètement vous abrutir, vous êtes heureusement plongé dans un décor de rêve. Car, cette année, la neige était au rendez-vous. Et à une semaine de Noël, quoi de plus propice pour vous transmettre l'esprit de Noël ?
Mardi après-midi, nous avons pu en profiter avec une balade de quelques heures (personne n'avait le courage, ni la compétence, pour chausser ses skis), sous le soleil et le ciel bleu, à contempler ces magnifiques paysages qui s'étendent à perte de vue, à contribuer à sauver l'intérêt pour ce séjour.

Si sur le contenu même du stage, beaucoup de critiques seraient à émettre, sur l'accueil et le cadre du séjour, ce fut très agréable. Et même si c'était pour le travail, ce sera mon incursion en station de ski pour l'hiver !

Quelques souvenirs photographiques du séjour (cliquez sur la photo pour en profiter en taille réelle) :


 

   


[Lieu : Autrans - Vercors]

J'ai une âme rêveuse romanesque. C'est peut-être aussi parce que je suis une provençale qui chérit surtout le soleil, c'est sans doute un peu naïf, mais ces paysages enneigés me font rêver. Je passerai des heures à admirer ce cadre, les yeux pétillants. Il se dégage de ce cadre dépaysant une sérénité et un calme revigorant. 

De quoi à s'immerger dans l'esprit de Noël et des fêtes de fin d'année.

07.12.2007

L'école est finie... Impressions & Humour

Mon premier semestre -pas des plus sereins- d'enseignement s'est achevé cette semaine.

L'enseignement. Cette grande inconnue.
Si je savais déjà aimer la recherche, cet exercice de transmission de connaissances n'était pour moi qu'une idée très abstraite. Faire des discours à un public d'une trentaine d'apprentis adultes ayant quasiment le même âge que moi n'a jamais fait partie de mes hobbies. De nature effacée, guère attirée vers la lumière des projecteurs, je n'avais jamais endossé ce rôle auparavant.

Se retrouver du jour au lendemain de l'autre côté du bureau, tournant le dos au tableau noir blanc a été la grande expérience de ces derniers mois. Une expérience intimidante sans aucune doute, stressante sûrement, mais aussi toujours enrichissante. Avec le recul, je dresse facilement un bilan plus apaisé. La discussion avec certains, l'évaluation anonyme des étudiants, les échos ne m'ont pas semblé négatif.
Ayant passé tout le semestre à craindre que le sol ne se dérobe sous mes pieds et ne brise un masque d'imposteur, j'avoue, c'est aussi un soulagement.

Reste que l'adaptation a été brutale. Un jour étudiant, le mois d'après, soudain propulsé enseignant, avec pour unique formation quelques conseils glanés ça et là lors d'une réunion de pré-semestre entre chargés de TD. La belle formation.

Pragmatiquement, pour résumer, votre guide réside avant tout dans les souvenirs de vos anciens TD et un certain feeling plus ou moins biaisé. Il est illusoire de croire contrôler ses réactions, réagir en suivant à la lettre le livre "comment manager ma classe". En fait, une fois confronté à la réalité d'une classe vivante et bruyante, où les cours filent dans des directions parfois inattendues, où les situations et conflits potentiels requièrent une pédagogie, tout cela vous fait avant tout puiser dans un relationnel instinctif.

La survie passe finalement par une certaine relation de confiance que vous parvenez à établir avec une partie de la classe. Le but ultime étant de ne pas montrer à quel point vous êtes inexpérimenté, à quel point vous doutez parfois, combien certaines questions vous prennent complètement à contre-pied. C'est un jeu autant de fond que d'apparences.

7a87b486860d5e94bfef3a71e2c310d4.gif

En remplissant les papiers administratifs pour leur attribuer la note de leur semestre, ça m'a fait repenser aux bulletins que nos professeurs remplissent au collège et au lycée. Je n'ai jamais voulu enseigner dans le secondaire, mais les appréciations du professeur qui se lâche en fin de semestre et sort une ligne particulièrement inspirée m'a toujours bien fait rire.
Ainsi, je me souviendrai toujours de mon professeur de latin qui avait écrit sans sourciller sur un de mes bulletins : "Bon travail, mais l'air d'être en exil". Certes, je conviens que je passais sans doute plus de temps à contempler les montagnes qu'à écouter effectivement le cours. Mais c'est si joliment tourné...

Donc, pour se détendre et fêter cette fin de semestre, quelques "perles" reçues par e-mail il y a quelques temps sur "Les professeurs" et les fameux bulletins de fin de trimestre.

Moment détente & humour ! ^_^

 

Attentif en classe... au vol des mouches

A touché le fond mais creuse encore

En nette progression vers le zéro absolu

A les prétentions d'un cheval de course et les résultats d'un âne

Participe beaucoup a la bonne ambiance de la classe. Se retourne parfois pour regarder le tableau

Ensemble bien terne, élève peu lumineux.

Élève brillant... par son absence

Dors en cours sur le clavier ou le tapis de souris selon l'urgence.

Ne se réveille que pour boire son café a l'intercours

Des progrès mais toujours nul

L'apathie a un visage

Sèche parfois le café pour venir en cours

Un vrai touriste aurait au moins pris des photos

En forme pour les vacances

Tout comme son acolyte, William plonge inexorablement dans les profondeurs de la nullité

Fait preuve d'un absentéisme zélé

Fait des efforts désespérés pour se rapprocher de la fenêtre

Hiberne probablement

Printemps arrivé, toujours pas réveillé

Elle mâche, Elle parle, Elle mâche, Elle parle

La plupart du temps dans les nuages. N'en redescend que sous forme de perturbation.

28.11.2007

[Recherche] Les archives départementales

1672baa3053432cf09f4d4d52858a8ff.jpg

J'ai retrouvé aujourd'hui un chemin familier, que je finirai sans doute par pouvoir suivre les yeux fermés. C'est celui qui conduit aux Archives Départementales. Étrangement, j'ai eu l'impression de renouer avec des réflexes naturels, des automatismes qui reviennent instinctivement. Certes, il y a eu ces quelques mois "off" où mes priorités étaient ailleurs : la tête à l'élaboration du projet de thèse, à l'allocation de recherche... et puis, d'autres bibliothèques, d'autres fonds, ont d'abord mobilisé mon attention.

Mais, une fois installée derrière mon ordinateur portable, près d'une fenêtre offrant en toile de fond des sommets enneigés qui se détachaient dans le ciel bleu, j'ai soudain mesuré à quel point cette atmosphère si particulière m'avait manquée. Si bien qu'étrangement, j'ai retrouvé avec plaisir les gestes, mais aussi les tracas, du quotidien aux archives.

Vous commencez votre journée par affronter les fameux et éternels bugs du capricieux système informatique qui égare la moitié de vos requêtes de documents. Vous entreposez ensuite vos affaires, manteau, écharpe et autres sacs dans le casier qui vous a été attribué, après avoir passé cinq minutes à convaincre la serrure que vous aviez en main la bonne clé. Puis, vous pénétrez dans la salle de lecture, jurant, grand Dieu, que cette fameuse trousse que vous venez de poser sur la table, ne contient évidemment- qu'une dizaine de crayons de papier. Aucun stylo, ni feutre en vue. Devant ces belles paroles responsables, l'archiviste de l'accueil se détend imperceptiblement. C'est ensuite l'attente rituelle des documents. Surtout si, comme moi, vous avez la fâcheuse habitude de toujours arriver au moment où l'archiviste vient de partir chercher les boîtes demandées dans la demi-heure précédente. Prenant votre mal en patience, vous allez alors siroter une boisson chaude, au premier étage, devant cette chère machine à café qui causera votre ruine. De retour en salle de lecture, il y a alors ce bref rush d'excitation comme vous vous installez. Il flotte un mélange indéfinissable de suspense et de curiosité lorsque vous ouvrez votre premier dossier, à la découverte de ce qui va constituer votre travail du jour.

e1cb40ac13eef79f69fc7d0a6f795016.jpg A la différence d'une bibliothèque, le silence ne règne jamais dans la salle de travail où tout le monde s'agite continuellement. Les habitués s'interpellent. Des débats d'historiens s'improvisent au coin d'une table. Les ventilateurs des ordinateurs portables ronronnent, tandis qu'en fond sonore, les machines pour lire les microfilms s'emballent, enroulant et déroulant leurs bobines, constamment à la limite de la rupture.

Au fil des semaines, des mois, les archives deviennent peu à peu un second lieu de travail. Ces mêmes têtes, croisées jour après jour, le personnel, mais aussi les autres chercheurs, deviennent familières, se transformant progressivement en étranges collègues de travail non officiels. Les liens se nouent autour de votre dose régulière de caféine ou du rapide sandwich de la pause de midi.

Finalement, il s'agit d'un étrange lieu hors du temps, porte entrouverte vers le passé, la mosaïque des pièces d'un puzzle qui ne demande qu'à être reconstitué.

J'adore.



Même si je suppose que seuls les historiens peuvent vraiment comprendre cette note, sachez que cela fait partie des moments où je prends conscience à quel point j'aime la recherche.

26.11.2007

[Turbulences sociales] Suite des chaotiques tribulations universitaires (et mes soirées du lundi)

(Suite du feuilleton)

Nous étions restés la semaine passée à l'aube d'un affrontement, aux faux airs de David contre Goliath, qui promettait de la tension, des heurts et des interventions de CRS. Si nous avons eu effectivement les CRS pour repousser les tentatives d'occupation des locaux, il faudra faire sans la mélo-dramatisation théâtrale pourtant annoncée à grand renfort d'invectives ordonnant que tous les étudiants soient à huit heures, demain matin, devant les locaux.
Si la confrontation apparaissait inévitable, la légitimité de l'intervention était devenue plus douteuse. D'un côté, avec 3600 voix, la consultation électronique avait réclamé la reprise des cours. Mais de l'autre, plus pernicieuse, l'AG avait voté, avec 3700 personnes qui se sont exprimées, le maintien du blocage jusqu'à mercredi prochain. Ces cent voix supplémentaires -dont il se murmure qu'elles sont regardées d'un air très suspicieux par certaines instances dirigeantes- sapaient dans l'oeuf tout tentation de justification démocratique d'une reprise des cours.

Voilà donc qu'il y a quelques heures à peine, la veille du bras de fer annoncé et attendu, la présidence de l'université se rétracta brusquement, dans un énième effet de manche, dont le jeu commence à être parfaitement maîtrisé. Préférant ouvertement miser sur un auto-essoufflement du mouvement (j'en profite pour préciser aux médias d'information glosant sur une "division" étudiante, qu'il n'y a, en réalité, jamais eu d'union en premier lieu : l'UNEF surfait maladroitement entre deux eaux depuis un mois, elle n'a jamais été derrière ce mouvement), la faculté se replie sur ses bases et appelle à une reprise pour seulement... jeudi. Une façon d'adresser une prière, autant à une hypothétique divinité qu'à ses étudiants, de façon à faire en sorte que le résultat de l'AG de mercredi lui soit favorable. 

Mais en guise de bouquet final, se profile à la fin de la semaine la venue (très attendue par certains -le sentiment n'étant sans doute pas réciproque) de notre ministre de l'enseignement supérieur, dont l'accueil promet d'être mouvementé. 

13a7a8ccab012743512b50897ae583a4.jpg

PS : J'ai conscience de la légèreté volontaire du ton de ce billet, plus factuel qu'analytique. Il faudra m'en pardonner. Mais ce soir, je n'ai pas envie de polémiquer, simplement de prendre un peu de distance avec ce tourbillon aux faux accents de vaudeville. D'autant que la bibliothèque a annoncé, également juste avant sa fermeture, qu'elle ne serait pas ouverte demain...


Mais, heureusement, aujourd'hui, nous sommes lundi soir.

Qu'y-a-t-il donc de si particulier qui fait que chaque semaine, cette soirée est attendue avec une anticipation croissante ?
C'est que le lundi soir, c'est un embarquement garanti pour une heure tendue superbe de maîtrise scénaristiques et de jubilations comme seul le serial killer le plus emblématique du petit écran peut nous offrir. Mais oui, vous l'avez compris : c'est la saison 2 de Dexter.

ae09bc0b6e2a48eeeee0d3af9a553216.jpg

Et, foi de sériephile, Dexter fait ranger au placard le temps d'un épisode tous vos soucis actuels. 

J'en reparlerai avec détails, perspectives et analyses lorsqu'il sera venu le moment de dresser le bilan de cette saison 2. (Je vous conseille, en attendant, un détour enthousiaste sur le blog de la Sorcière). Mais...

Qu'est-ce que cet épisode 9 était grandiose.
Qu'est-ce que cette série est bluffante.
Wow. Qu'est-ce que j'y suis devenue complètement accro.

 

20.11.2007

[Turbulences sociales] Interrogations sur la légitimité du vote électronique

Avant ma note explicative sur le vote en AG, une petite parenthèse sur une technique particulière, dont la pratique connait un véritable boom (circonstancié) actuellement.
Cette technique, surfant sur un effet de mode, consécration de l'entrée des conflits sociaux dans le monde moderne, est le fameux vote électronique.

Quelle est sa légitimité ? Pourquoi est-il organisé ? Offre-t-il une porte de sortie locale à la crise ?

La légitimité du vote électronique est-elle moins sujet à polémique que celle de l'AG ? Certes, il s'assure que seuls les étudiants de l'université se voient offert la possibilité de s'exprimer. Si le taux de participation n'atteint pas des sommets (et ne dépassera pas plus les 50% que lors d'une AG), il sera généralement plus élevé. Seulement, à l'heure des procès d'intention concernant le processus AG-esque, le vote électronique bénéficie-t-il réellement d'une légitimité plus importante, ou n'est-il pas simplement accueilli en tant que manifestation d'une reprise en main de l'autorité par ceux qui s'opposent au blocage ?
Le vote électronique suppose en premier lieu, un accès internet disponible sur un court laps de jours. Quoiqu'on en dise, un grand nombre d'étudiants, surtout dans les premières années, se contentent d'avoir internet "chez les parents". Le service des ordinateurs de la fac ? Mais l'université étant par définition fermée, aucun accès n'est garanti aux salles informatiques. La BU et ses ouvertures à éclipse offre un moyen de secours aux étudiants les plus motivés, mais vous devez avoir la chance de votre côté, pour tenter l'aventure lors de la bonne seule tranche horaire où elle est ouverte en ce temps troublés... On devine le premier argument qui sera formulé comme un simple réflexe : l'accès au vote électroniques, simple reflet des disparités sociales ? Il offre ainsi un argument évident pour décrédibiliser le résultat. Une organisation qui conditionne le droit de vote à la possession d'un ordinateur et d'un accès internet, est-ce que ce n'est pas une base bénie, une discrimination qui permet d'illustrer l'image de lutte des classes qui conviendra parfaitement aux apprentis troskistes.

Suivant ce chemin de réflexion, on songe à un des reproches les plus récurrents fait aux AG, celui d'être organisées par des "pro-blocage". Les syndicalistes ne prétendent pas tendre à l'objectivité : le vote y est prévu de telle façon qu'il doit avoir toutes les chances de tourner en leur faveur. Mais si le vote en AG est organisé par des pro-blocages, que penser du vote organisé par la direction de l'université ? Si la suspicion ne touche pas le même camp, il est aisé de deviner quels arguments seront opposés aux résultats d'un vote électronique. L'intervention d'une autorité institutionnelle biaise les vues, dépouillant les protestataires du sentiment grisant d'avoir pleinement les choses en main. C'est un transfert du pouvoir, de l'étudiant à l'autorité. Par définition, le contestataire ne pourra l'accepter. Il n'est pas ici question de grands principes abstraits, de démocratie. Ce qui est réellement en cause, c'est la légitimité du vote.
Quelle est la légitimité de l'intervention de la direction de l'université, ouvertement contre le blocage, dans un mouvement étudiant ? Les étudiants qui ne veulent pas de ce mouvement applaudissent évidemment cette reprise de l'initiative. Parallèlement, ceux qui sont impliqués dans le mouvement ne peuvent concevoir se laisser dépouiller du processus unanimement consacré, quasi-sanctifié, de l'Assemblée Générale.

A nouveau, le fossé se creuse entre les deux camps. Deux votes, deux légitimités. Une lutte d'influence sous-jacente qui apparaît évidente. Car, très pragmatiquement, un simpe constat s'impose : le vote électronique est le seul moyen pour l'université de reprendre la main dans un campus bloqué. Les étudiants contestataires, par leur qualité même d'étudiant, peuvent prétendre parler au nom d'une masse abstraite de camarades. En revanche, la présidence de l'université, détachée de toute réalité, généralement contestée jusqu'au sein du personnel même (les luttes internes de pouvoir au sein des universités sont comme dans toutes institutions), est en quête de légitimité. C'est pour cela qu'elle organise une consultation électronique. L'objectif est double et la réussite garantie. D'une part, elle prive les syndicalistes pro-blocages de leur légitimité supposée démocratique. Elle brise le monopole d'une représentation étudiante. Dans le même temps, d'autre part, elle obtient par ce vote un véritable mandat de la part d'étudiants, restés pour la plupart jusqu'alors complètement passifs face à un conflit qu'ils ont subi sans prendre part au processus de l'AG, majorité silencieuse non impliquée.

Si sa légitimité varie selon l'opinion de l'étudiant interrogé, le vote électronique est en réalité, surtout, la première étape nécessaire pour que la direction de l'université puisse se ré-approprier l'initiative dans ce conflit et cesse de se cantonner à un rôle passif, purement administratif.


Reste que, loin de ces considérations polémiques, hier soir, je me suis employée à suivre le processus organisé par ma fac pour voter électroniquement. Et donc, concrètement, comment ça marche ?

Si le vote était présenté comme ayant commencé vendredi, hier soir était la première fois que je parvenais à accéder à la fameuse enquête. Les données électroniques étant nécessaires, il m'a fallu une heure de spéléologie intensive dans les papiers d'inscription pour retrouver ces fameux identifiants.

Une fois -difficilement- connecté, il suffit de se laisser guider.

Il y avait alors 3571 réponses (sur les 20 000 étudiants environ que compte l'université).

A donc voté.

Les résultats seront connus cet après-midi. Soyons franc : l'issue du vote électronique ne laisse guère de doute. Mais une AG est d'ores et déjà programmée pour demain.

Vote électronique, AG... ?
Ou plutôt : présidence de l'université ou syndicats, qui l'emportera ?

19.11.2007

[Humeur] Sur un air vain de 'déjà vu'...

Les jours, puis les semaines défilent... Les conflits s'enlisent. Les nerfs se tendent. Ce mois de novembre sombre peu à peu dans un marasme généralisé. Les rebondissements se répètent. Les mêmes rituels, encore et encore. Toujours. Les mêmes oppositions, les mêmes arguments assénés de part et d'autre, comme une pièce parfaitement huilée dont chaque réplique serait déjà écrite.

Et vous, au milieu, étrange individu non identifié égaré dans ce tourbillon. Il ne vous reste qu'une seule interrogation : où peuvent-ils encore trouver la force, la motivation, de mener ce ballet incessant, entêtant, qui navigue sans direction ? Partout où vous vous rendez, crises de nerfs et prises de bec rivalisent d'intensité. L'isolement n'est pas une option. Du campus à la gare... De la gare au campus... Mais vous n'y prenez plus part. Vous avez depuis longtemps constaté la vanité de ces brusques expressions qui ne font qu'ajouter à la dramatisation ambiante. 

Vous subissez, mais n'avez plus la force de participer. Après la diplomatie des premiers jours, après l'agacement des derniers jours, peu à peu les enjeux se sont détaché... Il ne reste que l'arrière goût amer d'une lassitude à peine contenue. L'apathie vous gagne. Le climat délétère ronge un moral déjà chancelant. Les interrogations constantes sur le devenir de vos activités du lendemain, l'incertitude qui domine tous vos trajets quasi-quotidiens, créent un stress insidieux qui achève toutes velléités de reprise en main.

Grève, Fac, Blocage, SNCF, Grève... Ritournelle incessante, obsédante, épuisante.

Je ne juge pas. Je ne juge plus. Je rêve juste de m'enfuir. Quelques jours loin de cette agitation éreintante, loin de ce conflit permanent.

Juste fermer les yeux. Quelques secondes...

16.11.2007

[Turbulences sociales] Dessine-moi une AG (1)

6c45de986d2ccb0ea704c15c32ccee2a.jpgL'expression est revenue hanter nos médias, tournant à nouveau en boucle en véritable ritournelle connue. Les fameuses "AG", centre névralgique de toute contestation étudiante, qui décident du blocus des facs, de l'occupation des locaux et de toutes les actions contestataires à mener en parallèle (de la plantation symbolique d'arbustes -si, anecdote véridique : on a absolument tout testé durant la phase anti-CPE- jusqu'au sit-in sur les voies SNCF...).

Nous avons donc tous en tête une vision générale de l'AG. Mais lorsqu'il s'agit ensuite d'expliquer concrètement le fonctionnement de ces assemblées fougueuses et pleines de variables, les contours du portrait se troublent soudain. L'AG devient un terme générique très pratique. Autant le dire tout de suite : il n'existe pas d'AG type. Mais il est tellement aisé de pointer les excès locaux, les dérives de la dernière réunion, pour généraliser des traits qui décrédibilisent tout vote obtenu par ce moyen.
Au-delà des poncifs et des clichés, du qualificatif sanctifié "démocratique" aux accusations rituelles de prise d'otage d'une majorité estudantine silencieuse : concrètement, comment ça marche une AG ?

Ayant une expérience (involontairement) assez conséquente dans le domaine, non en tant que militante, mais tout simplement étudiante lors du mouvement anti-CPE (sept semaines de blocage et d'occupation des locaux, deux semaines de suspension pour remise en état en raison des dégradations), puis ayant retrouvé récemment le chemin des AG à cause de la loi LRU, je vais tenter de vous dépeindre ce processus particulier. Si vous n'avez jamais connu la fièvre de l'AG, c'est le moment s'y immerger.

[Ceci n'est pas un article sur le fond des débats, mais, dans un souci d'honnêteté, je préciserai en préalable que, tant au moment du CPE qu'actuellement, j'ai toujours voté "contre" tout blocage de mon université, refusant ce moyen de contestation. Cependant, je suis allée défiler contre le CPE et je ne soutiens pas non plus la loi LRU. ]

Le lieu de l'AG, tout d'abord, est un bon indicateur de l'importance du mouvement. Dans les premières semaines, elle commence généralement par se tenir dans un modeste amphi "prêté" charitablement par la direction de l'université. Confidentielle, elle empiète timidement sur la pause de midi sans que personne ne trouve à y redire. Le noyau dur du mouvement se forme alors dans ces réunions où une cinquantaine d'étudiants se croisent. Processus d'auto-émulation.
Puis, les semaines défilent. Des "AG d'informations", on passe aux "AG de mise au vote". La contestation prend une nouvelle dimension. L'AG quitte les coins obscurs, pour les lumières de l'amphi central de l'université. Voire même, elle migre en extérieur lorsque le mouvement est au zénith, défiant alors toute rationalisation logistique -un challenge qui est une source de stress constante pour les organisateurs dont le matériel est souvent la première victime collatérale des jours de grandes affluences.

L'AG en elle-même suit un rituel quasi-immuable, telle une pièce de théâtre qui se joue en trois actes : présentation des enjeux, discours des intervenants, votes. Par principe, vous ne verrez jamais d'AG commencer en avance à l'heure.

Tandis que les spectateurs se placent stratégiquement, le bureau des organisateurs s'écharpe sur le planning des interventions -où tout le monde se presse pour inscrire son nom parmi les intervenants, avant que la liste ne soit arbitrairement fermée devant le nombre de volontaires-. La durée des discours est débattue, et, enfin, l'identité symbolique de celui qui ouvrira la session, dans les premières AG surtout, provoque régulièrement un léger flottement dans la cohésion des responsables.

Parmi la dizaine de jeunes gens qui font  face au public, on retrouve pêle-mêle : les représentants des organisations institutionnelles (UNEF, SUD...), les "leaders" du mouvement spécifique de contestation -sorte de comité de concertation locale-, et quelques indépendants qui jouent les électrons libres. Ces "organisateurs" seront les premiers à prendre la parole. Ils définissent les enjeux de l'AG en décidant des ordres du jour (notamment concernant les questions qui seront mises au vote). Ils donnent ensuite des nouvelles du mouvement au plan national -finissant généralement par égrener fièrement le nom des facs ayant voté le blocus. Tous ces préliminaires font que la première heure est finie avant même qu'on s'en rende compte...

On pénètre alors au coeur véritable de l'AG.

Ce sont tout d'abord une série d'étudiants pro-bloqueurs, de tout horizon, qui défilent à la tribune. Ils sont plus ou moins assurés, plus ou moins remarquables orateurs et plus ou moins excités. Le contenu des interventions est donc très variable. Il peut concerner le fond du conflit en cause. En ce moment, ce sont des critiques sévères de la loi LRU. Mais on peut aussi partir très rapidement dans des thématiques revendicatrices plus politiques. Ces interventions reprennent alors des argumentaires qui flirtent de façon totalement assumée avec l'extrême-gauche. Il souffle comme une reminiscence de soixante-huitard. Le discours se généralise, et la tribune se transforme alors en plaidoyer anti-gouvernemental. Ainsi, actuellement dans les AG, il est impossible d'échapper au discours sur la dérive que constituent les tests d'ADN et la politique d'immigration en générale. Les inégalités sociales qui se creusent sont aussi au coeur de nombre de discours. Souvent emporté par son enthousiasme militant, l'intervenant opère alors une brusque et fière synthèse de l'ensemble des contestations du moment pour appeler, le poing levé, à la "grève générale".

A côté, des étudiants plus modérés, qui ne voient pas vraiment en quoi la réforme des régimes spéciaux de retraite devraient avoir une incidence sur le fonctionnement des facs, préfèrent se concentrer sur l'essentiel. Ils énoncent posément leurs griefs contre la loi LRU, mais insistent aussi sur l'importance de leurs études. D'où la nécessité, argumentent-ils, de présenter un front uni pour en finir au plus vite. Le blocage permettrait d'éviter au mouvement de se pourrir en s'étirant en longueur.

Au milieu de toute cette litanie pro-blocage, il y a aussi les éléments perturbateurs. Trouve ainsi le chemin de la tribune, l'étudiant en droit (oh, le cliché -vous me pardonnerez, mais c'est souvent le seul moment de l'AG où je connais celui qui s'exprime à la tribune) -dont la témérité montre ses limites puisqu'il se présente rarement comme tel, simple "étudiant anonyme"- qui vient expliquer que ce n'est pas sur le fond du litige qu'il y a débat. Quelques soient les revendications, ce qui lui importe, c'est le vote concernant le mode de contestation. En clair : le blocus de la fac. Ce sont deux problématiques indépendantes qui ne se recoupent jamais dans son discours. Parce que, lui, insiste-t-il à demi-mot (ou plus directement, selon sa virulence), il a des cours "irrattrapables" que l'on ne peut remplacer par la lecture de bouquins (l'étudiant en droit est, par nature, fâché avec ces irresponsables étudiants de sociologie et les littéraires, et leurs "six heures de cours" par semaine). Si ses nerfs sont vraiment à vif, il peut également partir dans quelques arguties juridiques obscures autant qu'inutiles, rappelant incidemment que les étudiants n'ont pas -juridiquement parlant- de droit de grève. Voire même, avec un ton vaguement hautain, il peut brièvement tenter d'expliquer le mécanisme d'adoption d'une loi. Démonstration fatale qui achève de mettre le feu aux poudres.

C'est alors le signal pour le public de se réveiller. Enfin, on peut s'enflammer comme devant une compétition sportive. Les pro-blocages conspuent copieusement (si un étudiant met la main sur un sifflet, les oreilles de l'assistance n'y survivront pas), tandis que les grappes d'opposants au blocage se découvrent en applaudissant les appels exagérés, mais fervents, de celui qui devient soudain leur représentant. Dans ce concert explosif, les organisateurs de l'AG, assis derrière leur table, esquissent un sourire indulgent, grisés par l'ambiance qui s'électrise. En effet, à ce moment précis, tout participant, quelque soit son opinion, expérimente un brusque rush d'adrénaline grisant. Emporté par les passions qui s'expriment, on est saisi par l'impression de participer à quelque chose de plus grand que soi. Pris d'un frisson, l'enjeu du moment est exacerbé. C'est alors également à ce moment-là que les premiers heurts peuvent avoir lieu. Désormais identifiés, les deux camps s'observent en se jetant des regards en biais, dans un irréel climat de méfiance. Vous venez d'apprendre avec une amère déception que vos voisins depuis le début de la réunion se situent dans le camp opposé. Vous vous découvrez aussi des alliés. Les petits sourires complices et crispés s'échangent en coin.

Un calme relatif, plus ou moins précaire, retrouve peu à peu ses droits au bout de quelques minutes d'appels au calme plus ou moins convaincus des organisateurs. A la tribune, les intervenants se succèdent encore. L'expérience prouve que la longueur d'une AG bénéficie aux pro-bloqueurs. Particulièrement au début, lorsque les cours ne sont pas encore suspendus. Arrive donc au micro (si le système de sono, par la grâce d'une intervention divine, fonctionne) un professeur d'université, représentant le "personnel" avec un grand "P" de la fac. Souvent un littéraire ou enseignant dans un UFR de sciences humaines, qui se propose de nous refaire le monde, en balayant un siècle de syndicalisme. Avec toujours énormément d'aplomb et une tendance à prendre de haut tout opposant potentiel, il vient vous faire une leçon de civisme, pourfend l'égoïste individualisme généralisé de nos sociétés consuméristes modernes, et traite -plus ou moins diplomatiquement- l'anti-bloqueur auquel il succède, d'irresponsable enfant gâté.

D'autres invités se joignent également aux débats, pratiquant l'ouverture initiée plus tôt par les plus militants des intervenants étudiants. Généralement, on retrouve ainsi un représentant d'un conflit social en cours, fonctionnaire ou représentant syndical d'une entreprise privée en cours de restructuration. Actuellement, l'intervenant extérieur type est le cheminot encarté SUD ou CGT. Puis, il y a aussi le représentant d'une organisation de chômeurs qui vient discourir sur les inégalités qui s'accroissent et conclut par un appel au blocage général des facs, qui passe généralement mal, même auprès d'un certain nombre de pro-bloqueurs qui s'interrogent sur le lien entre ces revendications et la lutte actuelle au sein de l'université.

Parmi les spectateurs, le public est encore plus divers que les intervenants de la tribune. Outre des étudiants, on croise aussi invariablement des lycéens frustrés de rater d'une année ou deux la "mobilisation". Deux catégories distinctes existent. D'une part, il y a le lycéen emporté par la fougue de la jeunesse de ses convictions, qui expose ses idées souvent avec une naïveté confondante, mais dont l'honnêteté est reconnue. D'autre part, on retrouve le lycéen surtout charmé par la perspective d'une noble cause pour sécher quelques heures de cours ennuyeuses.

Si ce public à la composition disparate est le bienvenu, le problème se pose ensuite lorsque le temps des votes arrive...

To be continued...

Très prochainement : Dessine-moi une AG (2) : Le vote en AG (Tout aussi nuancé et folklorique, selon les AG, et avec en bonus la question de la mise en place du fameux vote électronique)

14.11.2007

[Turbulences sociales] Comme un air de monotonie

Les jours se suivent... 

... et se ressemblent.

Monotonie amère sous un temps hivernal. 

Malheureusement, je préfère travailler à l'extérieur, dans une salle de travail de l'université, plutôt qu'enfermée entre les quatre murs de mon studio.

*Phase de déprime totalement improductive*

Je ne sais pas pourquoi cette rupture du rythme de vie ordinaire m'atteint autant. Est-ce l'incertitude quant aux activités du lendemain qui domine dans ces périodes troublées ? Je me souviens qu'en 2006 (le sceptre de ce semestre n'est jamais loin finalement), le second semestre est sans doute la période où j'ai le moins travaillé de toutes mes études. 

Si bien que je suis fébrilement les nouvelles, j'attends avidement les dernières rumeurs. Je téléphone aux connaissances sur place. J'écoute les différentes parties au conflit. Je m'agace toute seule en écoutant les informations à la radio. Mais l'esprit n'est pas au travail, il vagabonde sans contrôle. 

Seulement, cette année, blocage ou non, je donne des cours dans une fac aux locaux à part, qui ne sera jamais bloquée. Je croise donc les doigts pour que l'accès aux salles de travail soit rétabli d'ici la fin de la semaine.


PS : Je m'excuse pour des billets aux thémes guère diversifiés actuellement. Je n'avais pas prévu que la semaine d'ouverture de ce blog serait une telle semaine de galère.
Pour se changer les idées, je vous prépare une note sur une nouvelle série qui débarque en France début décembre. ^_^

13.11.2007

[Turbulences sociales] Mercredi, journée sans

Quand notre président d'université grille la politesse aux apprentis révolutionnaires en herbe...
 
 

Mercredi, ce sera donc chômage technique.

Aucun cours dispensé, pas de bibliothèque universitaire (fermée pour s'aligner sur la politique de la fac) et aucun accès aux centres de documentation, ni aux salles de travail.

Mais il se murmure que jeudi, les étudiants reprennent la main en organisant cette fois "leur" blocage. Du moins, c'est ce qui ressort du vote de la dernière AG.
Pour reprendre l'argumentaire d'un intervenant inspiré croisé sur le campus cet après-midi : c'est que, ma foi, ils ne vont quand même pas se laisser couper l'herbe sous le pied chaque semaine par un président encore plus prompt que les délégués de SUD-Etudiants à décréter la fermeture générale. 

Toutes les notes